Cas de conscience (ou, comment je suis devenue un horrible patron capitaliste et méchant)…

     Ceux qui me connaissent depuis longtemps, ceux qui ont suivi notre blog précédent, celui de notre vie à Hong Kong, dans lequel je me répandais en remarques méprisantes sur les employeurs de helpers philippines, savent que les choses ont bien changé, que j’ai désormais “mon petit personnel” : un chauffeur et une “ayi” (littéralement une “tante”, officieusement une bonne à tout faire)…

     On a beau s’embourgeoiser, se “femme-d’expatiser”, il y a quand même des trucs qui ont plus de mal que d’autres à s’installer, des réflexes plus longs que d’autres à acquérir… Devenir un vrai “employeur”, c’est-à-dire quelqu’un capable à la fois de gérer du personnel et de “s’en séparer” le cas échéant, pour employer une expression plus douce (et moins culpabilisante) que “le virer proprement”, ça fait partie des choses qui ont du mal à se mettre en place chez moi…

     Et pourtant..

     Et pourtant, la semaine dernière, j’ai viré Ayi-l’ayi…

     Entendons nous bien… ce n’est pas Ayi-l’ayi dont je vous avais parlé précédemment… Cette Ayi-l’ayi là, elle est partie, de son propre chef (ou presque), il y a trois mois déjà. De façon pas très “propre”, d’ailleurs.. puisqu’elle a essayé de faire en sorte que je la renvoie, multipliant les “erreurs” et mettant pas mal de mauvaise volonté dans tout.. mais je n’ai pas réussi à la renvoyer. En fait, je ne l’avais pas même envisagé… Il a fallu qu’elle ruse, qu’elle n’accomplisse pas les tâches que je lui avais confiées, m’affirme le contraire et m’entende lui dire je ne la croyais pas pour profiter de l’occasion pour me dire qu’elle prenait une ou deux journées de repos au prétexte qu’elle était vraiment outrée par le fait que je ne lui faisais pas confiance… ce à quoi j’ai dit que le mieux serait peut-être d’arrêter là notre collaboration… Par le plus pur des hasards, nous avons su la semaine suivante qu’elle travaillait désormais à plein temps pour autre famille de la même résidence.. Entre un plein temps et un temps-partiel, elle a bien fait de ne pas hésiter… Elle aurait quand même peut-être mieux fait de s’en ouvrir à nous… ou, au moins, de prendre la peine de dire au revoir à Louise avant de quitter l’appartement…

     C’est ça aussi, devenir un horrible patron capitaliste et méchant : apprendre que ayi-l’ayi n’est pas notre copine et qu’il n’y a d’affection, entre nous, que celle que l’on y met..

     En un mot comme en cent : Ayi-l’ayi que vous connaissiez est partie et nous sommes de nouveau entrés dans le “jeu” du recrutement. Simplifié puisque nous passons par une agence, mais toujours un peu délicat puisqu’il s’agit de recruter quelqu’un qui va passer beaucoup de temps avec moi (surtout en ces périodes hivernales où nous sortons moins que d’ordinaire), qui va vivre six heures par jour dans nos murs et va, occasionnellement, prendre soin de Petite Louise… Un peu délicat aussi parce que notre maîtrise du mandarin ne nous facilite pas vraiment la tâche…

     Remplacée presque au pied levé, Ayi-l’ayi puisque sa remplaçante a débuté la semaine suivante.

     Ayi-l’ayi est partie. Vive Ayi-l’ayi.

     Sauf qu’avec cette nouvelle Ayi-l’ayi, je me suis trouvée dans une situation impossible… Dès le départ, j’ai su que ça n’allait pas aller… Ayi-l’ayi ne savait pas se servir d’un fer à repasser (cela dit, de ratages en ratages, ça nous aura permis de faire un peu de tri dans les chemises de Monsieur et la layette de nouveau-né fraîchement ressortie des cartons), ramenait régulièrement Petite Louise trempée de pipi parce qu’elle ne savait pas mettre une couche (pour la première fois) ou, une fois que Petite Louise n’a plus porté de couches, parce qu’elle avait jugé que cette dernière pourrait très bien être changée à la maison, une vingtaine de minutes plus tard après un trajet en voiture et de longues minutes dans le froid glacial de Pékin, accumulait des “oublis” (oubli d’éteindre en partant… oubli d’une partie de la liste de courses… oubli de ce qu’elle avait aux mains les gants avec lesquels elle venait de nettoyer les toilettes pour faire un gros câlins d’amour à Petite Louise… oubli de la serpillère et du seau d’eau savonneuse dans une salle de bains, – grand plaisir de Petite Louise qui a pu s’en donner à coeur joie…). En fait, elle transformait un peu notre quotidien en un long sketch, notre nouvelle Ayi-l’ayi… témoins deux épisodes particulièrement savoureux : le premier où, voulant m’expliquer qu’elle souhaitait transvaser le sel de sa boîte en carton à un pot en verre (pourquoi ?), elle a mimé le geste… sans penser à ce qu’elle tenait “pour de vrai” la boîte de sel à la main… le deuxième où, alors que je lui demandais si elle pensait bien, de temps à autres, à nettoyer le dessus du réfrigérateur, elle m’a dit qu’elle ne pouvait pas parce qu’elle avait “les bras trop courts”… Elle transformait un peu notre quotidien en un long sketch, sauf qu’elle me donnait un peu l’impression, de temps à autres, d’avoir deux enfants à surveiller…

     Bref : ça n’allait pas… Rien de bien grave, jamais, mais ça n’allait pas.. .

     Et, surtout, ça n’allait pas aller du tout une fois que bébé Meimei serait là…

     Pourquoi une situation impossible, alors ? Parce que Ayi-l’ayi, elle était adorable, faisait de son mieux, était désolée à chaque nouvelle catastrophe… et que je n’arrivais pas, pour toutes ces raisons, à lui signifier que ça n’allait pas, que ça n’allait pas aller…

     Ca a duré trois mois.

     Jusqu’à la semaine dernière où j’ai viré Ayi-l’ayi… me transformant en horrible patron capitaliste et méchant..

     Pour rien. Juste pour un truc “mama-huhu” de plus…

     C’est quoi, un truc “mama-huhu” ? 

     Un peu de patience… ça, l’explication de “mama-huhu”, on va la garder pour un autre jour… parce que là, il commence à se faire un peu tard, de ce côté-ci du monde… et que moi et ma mauvaise conscience allons regagner la chambre d’amis où s’accumule le linge à repasser…

     Et vous savez quoi ? Je suis tellement soulagée d’avoir trouvé le courage de me séparer d’Ayi-l’ayi, que c’est presque avec plaisir (presque quand même, hein ?) que je réintègre cette activité ménagère à ma nouvelle vie à moi à Pékin… 

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2 réponses à “Cas de conscience (ou, comment je suis devenue un horrible patron capitaliste et méchant)…

  1. ISA 16 février 2012 à 16 h 12 min

    c est quoi mama huhu ?? alors ??

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